Suzanne,

Picture-66-copie-1.jpg C'est ma "petite" grand-mère... Je l'ai adoré, je l'ai aimé de cet amour sans retenu de l'enfance. Une confiance aveugle et j'ai bien eu raison, elle ne nous a jamais trahi, ma soeur et moi.
Elle est née à Elbeuf, une petite ville en Seine Maritime. Son père Louis, sa mère Marie sont de bons parents. Elle est le deuxième enfant du couple. Louis vient de loin, un enfant de l'assistance public, enfant abandonné dans le Sud Ouest... de parents forains ne pouvant s'occuper de lui. D'origine Espagnole il n'a fait que de petits boulots pour pouvoir s'acheter de quoi se nourrir, se loger sous les toits, s'éclairer à la bougie et acheter des livres usés pour étudier... C'est ma grand-mère qui aimait me raconter cela, elle était si fière de celui qui fut son père. Il devint cheminot et arriva même, après la guerre, a devenir professeur de français...
Marie, sa mère était fille d'une famille assez aisée, elle était l'aînée, assez effacée... Lorsque Louis se présenta à la famille pour faire sa demande de mariage, ce n'était pas pour Marie. Il était amoureux de la cadette... Le père ne voulu rien savoir, il lui demanda de marier l'aînée. Ce qui se fît !
Cette histoire m'a impressionné, il y a bien longtemps, mais aujourd'hui encore. Ce devait être terrible pour Marie de se voir mariée à celui qui voulait tant sa cadette. Comment être heureuse ? Comment être épanouie ?
Ce n'était pas le problème, à l'époque... je suppose.
Il y eu trois enfants : Pierre, Suzanne, Madeleine. La petite soeur mouru vers ses 14 ans subitement. Ce fût un drame terrible pour tous, pour les enfants, pour les parents. Marie ne s'en remis jamais et se laissa mourir de chagrin, me rapporta ma grand-mère... Elle commença par devenir alcoolique, puis de désespoir elle se laissa fondre dans une grave dépression et une anorexie (je suppose) pour en mourir. Pauvre femme, c'est terrible.
Suzanne s'occupa de son frère et de son père. Pierre avait un tempèrament très enjoué et farceur. Suzanne était "bon public" et aimait les farces de son frère. Tous les trois se serrèrent les coudes pour ne pas sombrer dans la tristesse. Pierre et Suzanne devinrent très liés et ensemble partageaient  le même groupe d'amis avec lesquels il y eu de bons moments passés entre les pique-niques, le camping sauvage et les premiers congès payés... Pierre se maria, Suzanne enfin trouva le métier qui pouvait l'intéresser. C'est en ce promenant en ville (Rouen ?) avec son père qu'elle s'arrêta devant la vitrine d'un coiffeur-parfumeur. Son père lui demanda si la coiffure pourrait l'intéresser... elle répondit "pourquoi pas ?" et c'est ainsi qu'elle devint un jour coiffeuse de dames. Elle rencontra Bernard... je ne sais pas comment et je le regrette amèrement. Il était jeune veuf... avait déjà une maison sur Rouen, une maison qu'il avait fait construire pour son mariage. C'est dans cette maison que Suzanne s'installa en se mariant avec lui. Ils eurent des années fantastiques et pleines de rire, ils eurent la joie aussi de voir naître leur fille Anne-marie...
Puis tout de même, ma grand-mère fini par m'avouer que ce n'était pas toujours très rose, que Bernard était un homme avec beaucoup de responsabilités sur le Port maritime de Rouen et que ce n'était pas tous les jours très amusant avec son stress. Il me parut assez "lunatique" et coléreux. Ma grand-mère me raconta comment il se fâchait pour un petit rien venant de sa fille encore jeune et comment il l'envoyait dans sa chambre pour ne plus l'avoir sous les yeux... la petite en pleurs allait se réfugier dans sa chambre mais dans le quart-d'heure qui suivait, Bernard montait pour s'excuser auprès d'elle. Elle finissait ne plus savoir si elle avait vraiment mal fait ou pas...
Bernard mourut d'un anévrisme, laissant désemparée Suzanne avec une fille de 14 ans à charge. Elle avait installée son salon de coiffure au rez-de-chaussée de la maison, c'était un cadeau de son cher époux... Mais elle savait que cela ne pourrait pas suffire pour arriver à élever sa fille si grande déjà. Elle-même prenait le chemin de la coiffure et elle était en apprentissage, cela ne pouvait pas l'aider à subvenir à leurs besoins. Il lui fallait penser à se remarier le plus vite possible.
Suzanne avait déjà fait cette démarche pour son vieux Papa qui désormais vivait dans la Manche auprès de Louise que tout le monde avait si bien "adopté". Elle avait même mis en monde sa fille chez eux, en 1940 alors que la deuxième guerre mondiale l'avait fait se réfugier auprès d'eux à Sartilly.
Elle passa donc une petite annonce patrimoniale dans le "Chasseur français". Elle y croyait, elle recevrait un tas de lettres avec photos, car elle l'avait bien mentionné dans l'annonce. Elle pourra ainsi bien cibler la personne avec qui elle pourrait avoir l'espoir de vivre. L'idée même de vivre désormais toute seule, l'effrayait. C'était tout simplement IMPENSABLE.