BLUES...

Que je voudrais me souvenir un peu de cette journée-là... Ce devait être un dimanche ou un jour de fête, reçues chez l'Oncle Pierre et Tante Nelly. De cette journée il ne reste que des photos et nous deux... Marie et moi. Ils sont tous partis, tous... même celle qui aurait pu être encore avec nous.
Que j'aurais voulu aller l'embrasser ma mère, la plus belle des Mamans, celle que j'adorais, celle que l'admirais. Comme j'aimais son regard sur moi et comme j'étais fière de lui plaire...
Pauvre Maman-douleur qui cachait ses blessures ouvertes au fond d'elle... Elles ont fini par te tuer et elles nous ont laissées mes soeurs et moi dans une espèce de marécage à piétiner dans une sorte de boue gluante qui colle aux semelles et elles en sont bien lourdes, parfois, à soulever pour nous permettre d'avancer car il n'est plus question de reculer, nous refusons désormais de ce laisser happer par ce passé si mouvementé, si douloureux.
Il résonne encore trop souvent dans mon âme en souffrance et malgré que je me soigne il y a des jours comme aujourd'hui où ton absence m'est cruelle.
Les années passent, mon visage se marque et mon corps se fatigue... je flirte désormais avec la cinquantaine, je reste néanmoins éternellement ton enfant. Cette petite fille toujours à la recherche d'un regard, d'un sourire, d'une caresse... tes mains dans mes cheveux. Tes rires, tes éclats de voix, le son de ta voix...
Je crois que l'on ne se remet jamais de perdre sa mère tout particulièrement avant un certain âge. Il m'est parfois difficile de réaliser que je suis désormais plus âgée que toi, petite Maman... Tu avais tant de choses à connaître, tant de joies à partager encore et encore. Mais tu étais déjà si fatiguée...
Tu luttais déjà depuis trop longtemps contre tes "démons" que tes blessures en suppuraient.
Ton choix d'en finir t'appartenait, tu avais le droit de le prendre toute seule... A nous de savoir travailler sur nous-même et combattre nos propres "démons" pour te permettre de vivre encore un peu au travers de nous et pouvoir parler de toi à nos enfants. Nous sommes ton souvenir vivant et de cela je puise tant de joie à relater de merveilleux moments que j'ai pu partager avec toi. Les autres moments plus gris ou noirs je les range dans un coin de mon âme, rien ne peut s'effacer mais en ai-je envie vraiment ? Non, j'aurais trop peur de te perdre vraiment, ma petite MAMAN.