LA TRAVERSEE (14)

Publié le par Saskia












Je voudrais, mes chers lecteurs, être peintre pour mettre sous vos yeux, les différentes positions que prit la chechia de Tartarin de Tarascon, dans ces trois jours de traversée qu'elle fit à bord du Zouave, entre la France et l'Algérie.
Je vous la montrerais d'abord au départ sur le pont, héroïque et superbe comme elle était, auréolant cette belle tête tarasconnaise. Je vous la montrerais ensuite à la sortie du port, quand le Zouave commence à caracoler sur les lames : je vous la montrerais frémissante, étonnée, et comme sentant déjà les premières atteintes de son mal.
Puis, dans le golfe du Lion, à mesure qu'on avance au large et que la mer devient plus dure, je vous la ferais voir aux prises avec la tempête, se dressant effarée sur le crâne du héros, et son grand flot de laine bleue qui se hérisse dans la brume de mer et la bourrasque...
Quatrième position. Six heures du soir, en vue des côtes corses. L'infortunée chechia se penche par-dessus le bastingage et lamentablement regarde et sonde la mer... Enfin, cinquième et dernière position, au fond d'une étroite cabine, dans un petit lit qui a l'air d'un tiroir de commode, quelque chose d'informe et de désolé roule en geignant sur l'oreiller. C'est la chechia l'héroïque chechia du départ, réduite maintenant au vulgaire état de casque à mèche et s'enfonçant jusqu'aux oreilles d'une tête de malade blême et convulsionnée...
Ah ! si les Tarasconnais avaient pu voir leur grand Tartarin couché dans son tiroir de commode sous le jour blafard et triste qui tombait des hublots, parmi cette odeur fade de cuisine et de bois mouillé, l'écoeurante odeur du paquebot ; s'ils avaient entendu râler à chaque battement de l'hélice, demander du thé toutes les cinq minutes et jurer contre le garçon avec une voix d'enfant, comme ils s'en seraient voulu de l'avoir obligé à partir... Ma parole d'historien ! le pauvre Teur faisait pitié. Surpris tout à coup par le mal l'infortuné n'avait pas eu le courage de desserrer sa ceinture algérienne, ni de se défubler de son arsenal. Le couteau de chasse à gros manche lui cassait la poitrine, le cuir de son revolver lui meurtrissait les jambes. Pour l'achever, les bougonnements de Tartarin-Sancho, qui ne cessait de geindre et de pester : "Imbécile, va !... Je te l'avais bien dit !... Ah ! tu as voulu aller en Afrique... Eh bien, té ! la voilà l'Afrique !..."
Ce qu'il y avait de plus cruel, c'est que du fond de sa cabine et de ses gémissements, le malheureux entendait les passagers du grand salon rire, manger, chanter, jouer aux cartes. La société était aussi joyeuse que nombreuse à bord du Zouave. Des officiers qui rejoignaient leurs corps, des dames de l'Alcazar de Marseille, des cabotins, un riche musulman qui revenait de la Mecque, un prince monténégrin très farceur qui faisait des imitations de Ravel et de Gil Pérès... Pas un de ces gens-là n'avait le mal de mer, et leur temps se passait à boire du champagne avec le capitaine , un bon gros vivant de Marseillais, qui avait domicile à Alger et à Marseille, et répondait au joyeux nom de Barbassou.
Tartarin de Tarascon en voulait à tous ces misérables. Leur gaieté redoublait son mal...
Enfin,  l'après-midi du troisième jour, il se fit à bord du navire un mouvement extraordinaire qui tira notre héros de sa longue torpeur. La cloche de l'avant sonnait. On entendait les grosses bottes des matelots courir sur le pont.
"Machine en avant !... machine en arrière !" criait la voix enrouée du capitaine Barbassou.
Puis : "Machine, stop !" Un grand arrêt, une secousse, et plus rien... Rien que le paquebot se balançant silencieusement de droite à gauche, comme un ballon dans l'air...
Cet étrange silence épouvanta le Tarasconnais.
"Miséricorde ! nous sombrons !..." cria-t-il d'une voix terrible, et, retrouvant ses forces par magie, il bondit de sa couchette et se précipita sur le pont avec son arsenal.

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Publié dans LECTURE PARTAGEE

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S
Bonjour Véro<br /> Je suis ravie de te retrouver une fois de plus sur les pages de mes voyages. <br /> J'ai voulu partir seule en Algerie pour seulement me retrouver avec moi-même. Pour reprendre le contact avec mon passé, mais surtout avec le présent de l'Algerie. <br /> Je suis née en Algerie, j'y ai vécu jusqu'à mes 20 ans. Je suis rentrée en France en 1968. Puis je suis retournée dans le pays pour rendre visite à mes parents restés là-bas, en 85/86. Un court voyage, et des vacances interrompues. Ce qui me fait dire que ce n'était pas encore le moment d'un retour. Ce que j'ai compris il y a un peu plus de deux ans lors de mon second voyage dans le pays.<br /> Tu sais, je ne suis même pas allée dans la ville où je suis née, ni même à Alger où j'ai fait mes études dès le lycée.<br /> Ce n'était pas un retour "aux racines", car cela n'a jamais été ma préoccupation. Je voulais seulement retrouver ces algeriens avec qui j'avais grandi, étudié, mangé à la même assiette et dormi chez ces familles qui m'accueillaient en tant qu'amie de leurs filles.<br /> Je voulais seulement savoir si cette seconde culture qui est en moi était réelle ou juste un souvenir fugace.<br /> Je n'ai même pas choisi les villes où je suis allée. J'ai suivi un peu mon esprit aventurier. Et au fur et à mesure de mes connaissances, je me suis retrouvée au hazard de mes tendres trouvailles. Car je n'avais aucun ami de l'époque ancienne. J'ai des amis d'aujourd'hui.<br /> Voilà pourquoi je me dis sans me tromper qu'entre l'algerien d'hier et celui d'aujourd'hui il n'y a pas de différence au niveau de leurs sentiments. Ils sont restés les mêmes. Amicaux et généreux. Et pas du tout effrayants. D'ailleurs, ils ne le furent pas non plus à l'époque de la guerre. Je n'ai jamais été une trouillarde et je sais que même si aujourd'hui il y a le feu aux poudres dans bien des pays, la violence n'enlève tout de même pas ce qu'il y a de bon chez ceux qui n'ont rien à se repprocher au niveau coeur.<br /> Ce n'est toujours qu'une toute petite poignée d'humains qui causent des mésaliances et des séparations. Le jour où on arrivera à comprendre cela, je crois qu'on pourra aussi avoir une plus grande confiance dans les autres.<br /> Depuis très longtemps je ne cautionne pas la bétise humaine. <br /> L'Algerie est belle à tous les niveaux. Et les quelques imbéciles qui l'habitent ne me feront pas changer d'avis.<br /> Je vais déposer un article parlant de mon enfance en Algerie. Et de mon parcourt de ces années là. Tu comprendra mieux le pourquoi de mon séjour récent dans le pays. Au fur et à mesure je laisserais d'autres écrits sur l'Algerie. Il n'y aura qu'à suivre le guide.<br /> Je te dis à bientôt sur d'autres pages.<br /> Bisous
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M
Bonjour Vero<br /> Je suis ravie de découvrir moi aussi ton blog. Même si le temps me manque aujourd'hui, je reviendrais y faire mes petites cueillettes dans ce monde magique qui t'appartient.<br /> De mon côté je continuerais de te faire découvrir des brins de mon Algerie d'hier et d'aujourd'hui...<br /> Je te souhaite une excellente soirée<br /> A bientôt de te lire<br /> Bises
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