LES DEUX TARTARINS (6)

Publié le par Saskia

Avec cette rage d'aventures, ce besion d'émotions fortes, cette folie de voyages, de courses, de diable au vert, comment diatre se trouvait-il que Tartarin de Tarascon n'eût jamaisquitté Tarascon ?

Car c'est un fait. Jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans, l'intrépide Tarasconnais n'avait pas une fois couché hors de sa ville. Il n'avait pas même fait ce fameux voyage à Marseille, que tout bon Provençal se paie à sa majorité. C'est au plus s'il connaissait Beaucaire, et cependant Beaucaire n'est pas bien loin de Tarascon, puisqu'il n'y a que le pont à traverser. Malheureusement ce diable de pont a été si souvent emporté par les coups de vent, il est si long, si frêle, et le Rhône a tant de largeur à cet endroit que, ma foi ! vous comprenez... Tartarin de Tarascon préférait la terre ferme.

C'est qu'il faut bien vous l'avouer, il y avait dans notre héros deux natures très ditinctes. "Je sens deux hommes en moi" a dit je ne sais quel Père de l'Eglise. Il l'eût dit vrai de Tartarin qui portait en lui l'âme de don Quichotte, les mêmes élans chevaleresques, le même idéal héroïque, la même folie du romanesque et du grandiose ; mais malheureusement n'avait pas le corps du célèbre hidalgo, ce corps osseux et maigre, ce prétexte de corps, sur lequel la vie matérielle manquait de prise, capable de passer vingt nuits sans déboucler sa cuirasse // Le corps de Tartarin, au contraire, était un brave homme de corps, très gras, très lourd, très douillet, très geignard, plein d'appétits bourgeois et d'exigences domestiques, le corps ventru et court sur pattes de l'immortel Sancho Pança.

Don Quichotte et Sancho Pança dans le même homme ! vous coprenez quel mauvais ménage ils y devaient faire ! quels combats ! quels déchirements !
// Une fois cependant Tartarin avait failli partir, partit pour un grand voyage. Les trois frères Garcio-Camus, des tarasconnais établis à Shang-haï, lui avaient offert la direction d'un de leurs comptoirs là-bas. Ca, par exemple, c'était bien la vie qu'il lui fallait. Des affaires considérables, tout un monde de commis à gouverner, des relations avec la Russie, la Perse, la Turquie d'Asie, enfin... le HAUT COMMERCE.
Dans la bouche de Tartarin, ce mot de "haut commerce" vous apparaissait d'une hauteur !...
La maison de Garcio-Camus avait en outre cet avantage qu'on y recevait quelquefois la visite des Tartares. Alors vite on fermait les portes. Tous les commis prenaient les armes, on hissait le drapeau consulaire, et pan ! pan ! par les fenêtres, sur les Tartares.
Avec quel enthousiasme Tartarin-Quichotte sauta sur cette propositon, je n'ai pas besoin de vous le dire ; par malheur, Tartarin-Sancho n'entendait pas de cette oreille-là, et, comme il était le plus fort, l'affaire ne put pas s'arranger. Dans la ville, on en parla beaucoup. Partira-t-il ? ne partira-t-il pas ? Parions que si, parions que non. Ce fut un événement...

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Publié dans LECTURE PARTAGEE

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B
Et il faut attendre pour savoir ! sniff : j'suis sur qu'il va partir et se ramasser une gamelle comme on dit. Bisous ma puce. Babou xxxxxx
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