TARTARIN DE TARASCON (2)

Publié le par Saskia





...Au milieu du cabinet, il y avait un guéridon. Sur le guéridon, un flacon de rhum, une blague turque, des Voyages du capitaine Cook //des récits de chasse, chasse à l'ours, chasse au faucon, chasse à l'éléphant, etc... Enfin, devant le guéridon, un homme était assis, de quarante à quarante-cinq ans, petit gros, trapu, rougeaud, en bras de chemise, avec des caleçons de flanelle // d'une main il tenait un livre, de l'autre il brandissait une énorme pipe à couvercle de fer et tout en lisant je ne sais quel formidable récit de chasseurs de chevelures, il faisait, en avançant sa lèvre inférieure, une moue terrible, qui donnait à sa brave figure de petit rentier tarasconnais ce même caractère de férocité bonasse qui régnait dans toute la maison.Cet homme c'était Tartarin, Tartarin de Tarascon, l'intrépide, le grand, l'incomparable Tartarin de Tarascon.
Au temps dont je vous parle,Tartarin de Tarascon n'était pas encore le Tartarin qu'il est aujourd'hui, si populaire dans tout le midi de la France. Pourtant-même à cette époque- c'était le roi de Tarascon.
Disons d'où lui venait cette royauté.
Vous saurez d'abord que là-bas tout le monde est chasseur, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. La chasse est la passion des Tarasconnais, et celui depuis les temps mythologiques où la Tarasque faisait le cent coups dans les marais de la ville et où les Tarasconnais d'alors organisaient des battues contre elle. Il y a beau jour, comme vous voyez.
Donc, tous les dimanches matin, Tarascon prend les armes et sort de ses murs, le sac au dos, le fusil sur l'épaule, avec un tremblement de chiens, de furets, de trompes, de cors de chasse. C'est superbe à voir... Par malheur, le gibier manque, il manque terriblement.
Si bêtes que soient les bêtes, vous pensez bien qu'à la longue elles ont fini par se méfier.
A cinq lieues autour de Tarascon, les terriers sont vides, les nids abandonnés. Pas un merle, pas une caille, pas le moindre lapereau, pas le plus petit cul-blanc.
Elles sont cependant bien tentantes, ces jolies collinettes tarasconnaises, toutes parfumées de myrte, de lavande, de romarin ; et ces beaux raisins muscats gonflés de sucre, qui s'échelonnent au bord du Rhône, sont diablement appétissants aussi... Oui, mais il y a Tarascon derrière, et, dans le petit monde du poil et de la plume, Tarascon est très mal noté.
// Bref, en fait de gibier, il ne reste plus dans le pays qu'un vieux coquin de lièvre, échappé comme par miracle aux septembrisades tarasconnaises et qui s'entête à vivre là !// A l'heure qu'il est même, il n'y a plus que deux ou trois enragés qui s'acharnent après lui.//
-Ah çà ! me direz-vous, puisque le gibier est si rare à Tarascon, qu'est-ce que les chasseurs tarasconnais ont donc tous les dimanches ?
Ce qu'ils font ?
Eh mon Dieu ! Ils s'en vont en pleine campagne, à deux ou trois lieues de la ville. Ils se réunissent par petits groupes de cinq ou six, s'allongent tranquillement à l'ombre d'un puits, d'un vieux mur, d'un olivier, tirent de leurs carniers un bon morceau de boeuf en daube, des oignons crus, du saucissot, quelques anchois et commencent un déjeuner interminable...//
Après quoi, quand on est bien lesté, on se lève, son siffle les chiens, on arme les fusils, et on se met en chasse. C'est à dire que chacun de ces messieurs prend sa casquette, la jette en l'air de toutes ses forces et la tire au vol avec du 5, du 6 ou du 2, selon les conventions.
Celui qui met le plus souvent dans sa casquette est proclamé roi de la chasse, et rentre le soir en triomphateur à Tarascon, la casquette criblée au bout du fusil, au milieu des aboiements  et des fanfares.
// Comme chasseur de casquettes, Tartarin de Tarascon n'avait pas son pareil. Tous les dimanches matin, il partait avec une casquette neuve : tous les dimanches soir, il revenait avec une loque. Dans la petite maison du baobab, les greniers étaient pleins de ces glorieux trophées. Aussi, tous les Tarasconnais le reconnaissaient-ils pour leur maître, et comme Tartarin savait à fond le code du chasseur, qu'il avait lu tous les traités, tous les manuels de toutes les chasses possibles, depuis la chasse à la casquette jusqu'à la chasse au tigre birman, ces messieurs en avaient fait leur grand justicier cynégétique et le prenaient pour arbitre dans toutes leurs discussions....

Publicité

Publié dans LECTURE PARTAGEE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
B
C'est rigolo, ils faisaient tro de bruit et le gibier allaient plus loin pour être au calme, comme je fais moi quand je veux être au calme ;)) Bisous ma puce. A quand la suite ;)) ? Kissous comme dit Sandel. Béa xxxxxxx
Répondre
'
merçi de nous faire revivre cette belle histoire ,bon courage <br /> amitié
Répondre
J
BONJOUR,<br /> Quelle grande page d'écriture.....que du courage de ta part !!! Merci pour ce début de récit.<br /> Bises. Jackie
Répondre