LE BROUILLARD

Publié le par Saskia

 Hier, lorsque je vous ai quitté pour aller sur Nîmes, j'ai eu la surprise en sortant de chez moi de me retrouver enveloppée d'un bien vieil ami ; le brouillard

Je me serai crue de nouveau en Normandie ! Et n'allez pas croire que j'exagère un peu trop... non, non, il ne faut pas oublier que je vis au bord d'un fleuve et que cette "purée de pois" naissait de ses eaux plus chaudes que l'air.

Il y a bien longtemps je vivais à Rouen, en Seine-maritime... et pour ceux qui ne le savent pas encore, j'en suis même native ! Et oui, une Rouennaise-provençale, c'est rare !

Rouen "le pot d'chambre de la Normandie" au fond de sa cuvette et les pieds dans la Seine a régulièrement des brouillards à couper au couteau.

Il y eu combien de matins frisquets où une ouate givrée nous attendait derrière la porte de notre vieil immeuble bourgeois du centre ville ? Où même mon chien de l'époque au nom de Roméo en perdait ses repères ...  Où même après avoir dégivré le pare-brise de la voiture l'on n'y voyait pas plus qu'à 5 m... En pleine ville je me suis vue la tête penchée par la portière pour veiller à ce que l'on suive bien le trottoir... Je vous jure ! (il y avait eu aussi de la neige = blanc+blanc)

Pour finir, on abandonnait la voiture sur une place de parking et on continuait à pieds en se disant que l'on finirait bien par arriver au boulot !

Mais il y eu aussi de magnifiques matins en week-end chez des amis, en pleine campagne où le paysage soudain devenait magique... L'hiver s'était fait beau dans un habit fait de blancs. Ce brouillard givrant fait des merveilles du moindre petit fil de toiles d'araignées à la moindre feuille abandonnée de ses consoeurs, courageuse s'aggripant encore un peu sur une branche endormie... Les corneilles croassent au loin dans un silence ouaté, on n'ose même pas parler pour, justement écouter ce silence... que nos pas troublaient en faisant crisser l'herbe gelée...

Voici un souvenir qui me revient parfois ; ce week-end lointain m'avait révélé un visage, une beauté de cette région que j'avais pris en grippe. J'y étais après avoir grandi une dizaine d'années en Provence dans un petit coin privilégié des Alpilles... On m'avait envoyé (sans mon avis) en Normandie finir des soi-disant études et y passer mon adolescence chez mon père et sa femme. J'y ai passé cinq années noires, cauchemardesques... et du haut de mes 19 ans, ce jour-là je découvrais que la Normandie pouvait avoir un visage, une nature que j'aimais. Je redécouvrais mon amour pour la nature, mon plaisir d'être en campagne à fouler, chaussée de bottes, l'herbe grasse et humide, que mes sens s'éveillaient avec bonheur entre les parfums de la terre, les bruits de la faune et que notre hôte me fascinait à m'expliquer que la vie méritait d'être vécue et qu'il fallait se battre pour qu'elle en gagne en valeurs... Elle en était le témoin vivant, réchappée d'un grave accident où son mari perdit la vie... Elle tenait toute seule le domaine agricole et se donnait toutes les chances de vivre heureuse pour le souvenir de celui qui lui avait tout laissé. J'étais restée éblouie et je savais que je prenais une belle leçon de vie, ce jour-là. Un jour enveloppé de coton où nous nous étions perdues dans ses voiles pour ouvrir nos coeurs délaissés et où nous avions retrouvés du réconfort mutuellement pour continuer nos chemins que nous avions devant nous et malgré notre vue bouchée nous étions décidées de le suivre en le prenant avec toutes ses embûches et qu'il en serait encore plus beau...

Depuis, le temps a passé, les années se sont accumulées avec leurs lots de bon et de moins bon... l'eau a passé sous le pont et comme j'aime le dire souvent ; la Vie n'est pas un long fleuve tranquille... mais comme il est bon de vivre...

A MES FILLES.

Publié dans SOUVENIRS

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L
D'origine : je viens de la banlieur Parisienne ...<br /> LIZAGRECE
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S
<br /> OHHH! Une Parisienne en Grèce !!! amitié<br /> <br /> <br />
K
je reconnais bien la ville de Rouen à travers ton témoignage ! je vis en Normandie depuis près de 30 ans mais ne renie pas ma région d'origine la Bretagne. merci pour ta visite - bizz
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N
cet écrit est émouvant Saskia,je vois que ta vie n'a pas été un fleuve tranquille.L'important est de regarder le présent,le vivre et savourer tous les petits bonheurs,je sais que tu le comprends.<br /> Amicalement et à bientôt.
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S
<br /> en effet, mais je ne me plains de rien...je continue et j'apprécie chaque moment désormais...<br /> <br /> <br />
J
Bonjour,<br /> Quel poète tu fais !!<br /> Merveilleux cette lecture; j'aime beaucoup te lire.<br /> Bonne continuation.<br /> Bises. Jackie
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S
oui,c'est cela aui ma Normandie!!!<br /> kissouxxxx
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